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Hommage à mon ami Marc Pietri – Pierre-Olivier Pinelli

« Bonsoir Docteur,
Pardonnez-moi de vous déranger un dimanche soir.
Le Capitaine de l’équipe de football que je l’ai l’honneur de présider, l’équipe du Bar de la Grande Terrasse à Malmousque, a été blessé aujourd’hui à la cheville. Je ne peux pas me permettre de perdre un joueur de talent comme Alain »
Tels furent les premiers mots que j’entendis d’une voix dont le timbre et la puissance m’ont, à jamais, gravé.
Quelques semaines plus tard, le Capitaine remis, c’est avec un véritable Hug, probable héritage d’une tranche de vie passée en Amérique, que j’étais accueilli aux bains de mer chauds.
Un regard pénétrant, une voix puissante, une force herculéenne, tout était démesuré chez Marc. L’énergie qu’il rayonnait tout autour de lui le rendait solaire.

Il y a en nous quelque chose qui veut la vie, disait Nietzsche, avec tout ce qu’elle porte, de bien ou de moins bien. Et Nietzsche ajoutait que celui qui avait compris cela devenait un individu libre et créateur.
Marc, tu l’avais, de toute évidence, parfaitement compris.

Dans l’Art de saisir les rapports secrets des choses, tu étais un artiste exceptionnel.

Mais tu étais terrorisé à l’idée d’être malade, d’être diminué. Alors tu t’étais forgé un corps puissant en faisant du sport une seconde nature. D’abord le rugby, puis les marathons (au moins 10) et les défis de haute montagne (plusieurs fois le Mont Blanc). Et parce que tu t’étais fâché avec Newton et sa putain de gravité, tu sortais plus souvent avec Archimède, ton vieux copain de toujours, qui t’offrait une poussée à hauteur de tes ambitions. Vous étiez tellement potes qu’il t’était impensable de ne pas te baigner tous les week-ends, dans ta calanque des bains de mer, dont le qualificatif de chaud culminait, l’hiver, à 12 degrés.
Tu y étais il y a 15 jours, je t’ai vu !

Alors voilà, ta disparition soudaine c’est un peu comme si, brusquement, le soleil s’était éteint, nous plongeant dans le noir absolu, et nous forçant à nous arrêter net pour ne pas trébucher. Mais une fois que nos yeux se seront habitués à cette pénombre subite, nous pourrons voir la lueur des étoiles qui nous guideront dans cette nuit de deuil. Puis le jour se lèvera à nouveau mais les choses du monde auront pris une autre saveur. Il faut bien que l’enfant que nous étions soit parti pour que nous aimions les anchois.
Tu nous auras fait grandir.

Merci Marc, merci pour tout
Ciao

Pierre-Olivier Pinelli,  chirurgien orthopédiste et traumatologue.